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L’approche par excellence moderne de la” synodalité  » est vide et artificielle


Les cardinaux et les évêques assistent à la messe de clôture du Synode des Évêques sur les jeunes, la foi et le discernement vocationnel, dans la basilique Saint-Pierre du Vatican Oct. 28, 2018. (Photo CNS / Claudio Peri, pool via Reuters)

Je ne suis pas opposé à une Église plus “synodale”. En fait, je serais heureux de m’éloigner du culte de l’hyper-papauté moderne qui considère le pontife comme un Oracle de Delphes sur le Tibre qui doit contrôler tous les aspects de la vie de l’Église. Il existe de nombreuses preuves de cette hypertrophie de la papauté, mais pour un exemple récent, on peut regarder Custodes de Traditionis, qui contenait une législation réglementant quand et où le TLM peut être annoncé dans les bulletins paroissiaux!

Je suis tout à fait en faveur du ministère pétrinien dans l’Église, mais je doute fortement que le Christ ait voulu que le rocher de la papauté agisse comme un parent hélicoptère se précipitant pour réglementer chaque détail de la vie paroissiale. Plus important encore, je ne pense pas que le Christ avait l’intention que le rocher du ministère pétrinien exerce le pouvoir comme le fait César, et avec les mêmes revendications d’omnicompétence universelle.

Néanmoins, j’ai de sérieuses réserves sur les gesticulations bureaucratiques actuelles envers la « synodalité » dans l’Église. Autant que je sache, ce sont des gestes plutôt vides remplis de la linguistique technocratique et thérapeutique moderne habituelle de la fausse tyrannie égalitaire. Rien n’est plus typiquement moderne que l’impulsion bureaucratique à la microgestion par le mimétisme de procédures prétendument “démocratiques”; les fins autocratiques sont atteintes en créant d’abord un “processus” enraciné dans des “structures”—suivi de l’infiltration de ces processus et structures à l’avance avec les apparatchiks approuvés.

Et une fois que certaines conclusions par « consensus de décision » ont été atteintes, le” moment démocratique « se termine, et tous doivent maintenant offrir une pincée d’encens au César du” processus » et de ses conclusions-des conclusions qui ont été atteintes bien avant même le début du” processus », et qui étaient les raison d’êtree pour la création de la roue entière du hamster en premier lieu. Et je crains que ce processus ne soit exactement ce que nous voyons dans la “voie synodale », qui a été accompagnée de tous les mots à la mode anodins et de toutes les banalités marketing que l’on voit dans des opérations laïques similaires.

Certains pourraient dire qu’il s’agit d’une hyperbole alarmiste et que la synodalité vise à accroître la “responsabilité” de l’Église précisément en déléguant le “pouvoir” à des entités plus locales. Je suis tout à fait pour cela—en théorie. Par conséquent, si tel est vraiment le but, alors faites-le et arrêtez la mascarade d’une « Église à l’écoute » avec ses questionnaires complètement non systématiques et non scientifiques conçus pour redonner à leurs créateurs exactement ce qu’ils voulaient entendre en premier lieu. La plupart des répondants à ces questionnaires seront des militants catholiques auto-sélectionnés de droite et de Gauche, et/ou les cinq pour cent habituels des paroissiens qui se présenteront consciencieusement à une réunion paroissiale si c’est ce que le pasteur veut. Et de telles personnes ne représenteront en aucun cas les vastes bandes de catholiques ennuyés et désemparés qui ne se soucient pas moins de ces affaires procédurales intra-muros.

Et qui collectera et analysera ces questionnaires? Les mêmes élites ecclésiastiques qui les composaient? Et seront – ils rendus publics? Et y aura-t-il une transparence totale tout au long du processus? Une dissidence motivée et sincère par rapport au prétendu consensus sera-t-elle autorisée? La” conversation  » va-t-elle continuer? Ou cela se terminera-t-il une fois que les résultats souhaités seront atteints? L’Église sera-t-elle encore une Église “à l’écoute” dans dix ans ou “l’Esprit” deviendra-t-il muet une fois que les Allemands auront donné le dernier mot définitif sur les intentions de l’Esprit?

Les soupçons à cet égard ne font qu’augmenter lorsque l’on regarde le dernier « questionnaire » de Rome, qui a été envoyé aux évêques pour discerner leur attitude envers Summorum Pontificum, dont les résultats ont servi de justification pour Custodes de Traditionis. Mais Rome n’a jamais publié les résultats de l’enquête et a joué la carte de la “confidentialité épiscopale” pour éviter la transparence. Il nous reste donc à prendre au mot la parole de Rome selon laquelle une majorité d’évêques étaient très mécontents Summorum et voulait que ce soit inversé.

C’est donc une crédulité de penser qu’une Église « synodale » va se former via une papauté qui manque souvent de transparence, utilise le fiat très anti-synodal de la motu proprio format plus que n’importe quel pape précédent, et qui fonde la voie synodale sur des questionnaires complètement inutiles et non scientifiques comme indicateurs de l’endroit où souffle “l’Esprit”. Il n’y a pas non plus de critères établis (jusqu’à présent) pour un discernement approprié des esprits à la lumière de l’Évangile, ouvrant tout le processus à l’importation des idoles de l’époque, le tout sous la bannière de “l’écoute.” Les paroissiens sont encouragés à partager leurs expériences de” l’Esprit Saint  » qui leur parle, mais apparemment sans aucune véritable formation ou orientation spirituelle quant à savoir si “l’esprit” qui leur parle est bien l’esprit trinitaire.

Et qu’en est-il de cette « écoute »? Écouter quoi ou qui exactement? Écouter tout le monde? C’est impossible, et donc la vraie question se pose: quels sont les repères herméneutiques pour toute cette écoute? Mais jusqu’à présent, le “processus” ne nous a donné aucun guide explicite, juste des mots vagues sur l’inclusion et sur nos questions qui sentent le mouton ou quelque chose du genre. Mon père devient sourd mais parvient toujours à entendre ce qu’il veut entendre. « Écoute sélective », c’est ce que ma mère appelle ça. La même chose ici. Ce que nous avons, c’est une Église habituée depuis longtemps à “écouter” les murmures les plus légers de l’air du temps bourgeois de l’Euro-Amérique laïque et qui feint alors la surdité lorsque les victimes de son insouciance spirituelle crient des chevrons pour attirer l’attention.

Et je ne parle pas seulement ici des victimes d’abus sexuels, bien qu’il s’agisse de la pièce “A”. Après tout, une Église qui ne peut pas entendre une mère dire à un évêque: « Le père. Skippy « mon fils » n’est pas une Église en qui j’ai confiance pour “écouter” la muse synodale. Je parle aussi de tous ces catholiques qui souffrent depuis des décennies et qui implorent l’Église d’accroître son témoignage évangélique, d’améliorer ses liturgies, ses homélies, sa dévotion aux pauvres et son opposition à la culture bourgeoise avec son militarisme et son capitalisme rapace. Une Église qui n’a pas « écouté » au cours des cinquante dernières années, même la voix de saint Jean-Paul ou du Pape Benoît, et qui s’est dressée contre eux de manière institutionnelle profondément enracinée, n’est pas une Église qui, je pense, est vraiment ouverte à soudainement “écouter” la vraie voix de l’Esprit Saint simplement parce que les processus de gouvernance seront plus multi-focaux. L’écoute sélective multifocale reste une écoute sélective, et ce genre d’écoute continuera tant que les causes spirituelles profondes de la médiocrité cultivée et sédentaire de l’Église seront ignorées.

Enfin, cette soudaine prise de conscience épiphanique de la nécessité d ‘” écouter “semble étrangement alliée à la résurgence de l’intérêt pour Vatican II en tant qu ‘” événement “qui a été le catalyseur d’un” processus  » toujours nouveau et en cours—au-delà et à l’encontre de la vision du Concile avancée par les deux papes précédents comme quelque chose à la fois nouveau et pourtant fermement enraciné dans la Tradition. Plus à ce sujet dans un prochain épisode, mais il suffit de dire pour l’instant que je ne fais pas confiance à “l’écoute” des prélats “scolarisés” par Bologne.

Je comprends qu’il y a des gens—des gens sains et raisonnables—qui pensent qu’une Église plus synodale serait une bonne chose. Je pense qu’ils ont raison. Mais je doute ce c’est ça. En outre, il y a aussi un grave danger dans un tel nombrilisme ecclésial sur ses propres « structures » que les sociologismes remplacent les amarres théologiques. Et, en outre, qu’une fixation exagérée sur l’autorité de l’Église en tant que fin en soi émergera et créera des déformations idéologiques de ce à quoi une telle autorité sert en premier lieu: la promotion de la sainteté, enracinée dans la communion de la vie trinitaire, communiquée à nous dans le Christ, et vécue dans la communion des saints à la fois sur la terre et dans le Ciel.

Une véritable synodalité aiderait, je pense, ce genre d’ecclésiologie de communion. Mais une « synodalité » enracinée dans un faux égalitarisme et un pneumatisme montaniste vulgairement démocratique (et qui abuse ainsi de la métaphore du “Peuple de Dieu”), est un non-starter dans mon livre. (Plus à ce sujet dans mon prochain essai.)

Fr. Louis Bouyer (1913-2004), dans un passage prémonitoire de L’Église de Dieu qui se lit comme il a été écrit hier, met en garde contre de telles fixations sur “l’autorité  » comme une fin en soi, car elles conduisent aux déformations mentionnées ci-dessus:

Surtout au cours des derniers siècles, l’autorité pastorale a eu tendance à s’isoler à la fois de la prédication de la foi et de la célébration des mystères. Ce n’est pas que ces deux éléments aient disparu de l’Église catholique, mais dans une trop large mesure, au lieu d’agir en symbiose avec eux, l’exercice de l’autorité a eu tendance à être sa propre fin, faisant souffrir une distorsion nuisible à l’annonce de la vérité évangélique et à la vie liturgique, et s’est modifié en même temps. Instead Au lieu d’être subordonnée à la vérité à proclamer au monde, authority l’autorité s’étant fait son propre but, a opprimé cette vie commune par une justification exagérée d’elle-même, réduisant ainsi (ou du moins menaçant de réduire) la liturgie sacramentelle à un ornement de sa puissance.

Bouyer ne critique évidemment pas ici le synodalisme et ne s’opposerait pas non plus à un véritable synodalisme. Mais il met en évidence les dangers d’une fixation sur les structures d’autorité, dont le principal est la déconnexion qui émerge entre l’autorité ecclésiale et la vie divine qui est supposément son but.

Et cela met en évidence pour moi la question centrale qui doit être abordée concernant tous les discours actuels sur la « synodalité ». A savoir, quel est le rapport entre l’autorité du magistère et sa crédibilité? Et s’il lui manque ce dernier, comment peut-il exercer correctement le premier? En effet, s’il manque de crédibilité, comment empêche-t-il son autorité de se transformer en simple “pouvoir” au sens mondain et coercitif?

Et s’il y a une division aiguë et un fossé grandissant entre l’autorité épiscopale et la crédibilité épiscopale, dans quel sens peut-il être important que cette autorité soit exercée au centre de Rome, ou plus synodalement au niveau local? Je doute fortement que la crédibilité de la papauté soit d’un statut inférieur à celui de diverses conférences épiscopales, et les diktats émis par le cardinal Marx ou le cardinal Cupich sont tout aussi désincarnés et aussi abstraits pour la plupart des catholiques que la dernière missive du Vatican. Ce ne sont encore que des tortues d’autorité et lorsque ces autorités manquent d’une crédibilité viscérale et existentielle, leurs élucubrations sont également sans importance, qu’elles proviennent de Rome ou de Chicago.


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