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L’Incarnation et la Résurrection


Une icône du 11ème siècle du Déchirement de l’Enfer, dans le monastère grec d’Hosios Loukas. (Wikipedia)

Dans son livre incomparable sur Saint Thomas d’Aquin, G. K. Chesterton montre que le Docteur angélique n’a pas seulement plaidé pour la réalité de l’Incarnation, mais voulait aussi montrer la implication de l’Incarnation. L’Incarnation a réuni le ciel et la terre, mais aussi, d’une manière nouvelle, le corps et l’âme. La présence divine remplissait quelque chose de créé et le rendait sacré, non pas temporairement, mais éternellement.

Même sans l’Incarnation, nous pouvons comprendre qu’un homme n’est pas un homme sans son corps, tout comme un homme n’est pas un homme sans son âme. “Un cadavre n’est pas un homme; mais aussi un fantôme n’est pas un homme.” Nous avons tendance à considérer l’âme comme éternelle et le corps comme temporel. Après tout, les cadavres se décomposent. Mais un corps en particulier ne l’a pas fait. Quand Dieu lui-même a pris la chair humaine, quelque chose de nouveau s’est produit, quelque chose que Chesterton appelle “ce dogme le plus surprenant: la Résurrection du Corps.”

Jésus-Christ est physiquement ressuscité des morts. Son corps a retrouvé son âme. Son corps sacré est ensuite monté au ciel. Le Christ est le  » premier né d’entre les morts”, selon saint Paul. Cela signifie que nous le suivrons dans la résurrection. Cela signifie que nos corps sont également sacrés, et eux aussi ressusciteront d’entre les morts pour être réunis avec nos âmes. C’est le dogme de l’Église catholique depuis ses débuts.

Avouons-le: le monde moderne rejette totalement ce dogme. Regardons les choses en face: la plupart des catholiques ne pensent probablement pas à ce que signifie ce dogme. Avouons-le enfin: nous non plus. C’est, comme le dit Chesterton, trop surprenant.

Le rejet de la tradition, que ce soit par le monde ou par les membres de l’Église, peut être soit pur et simple et délibéré, soit passif et irréfléchi. Habituellement, c’est ce dernier, car nous sommes endormis dans un sommeil intellectuel sous le ton monotone qu’est la fausse notion de progrès. L’ancien est mauvais, le nouveau est bon. Dehors avec l’ancien, dedans avec le nouveau. Tout va mieux, alors suivez le courant. Ce sentiment de « progrès » est une combinaison d’optimisme insensé et de déterminisme encore plus insensé. Mais si nous engageons notre cerveau et réfléchissons réellement à ce que nous rejetons, nous réalisons les implications de la philosophie que nous avons inconsciemment acceptée. La philosophie du progrès n’est pas seulement une haine de la tradition, mais l’idée que tout s’améliore inévitablement de lui-même. Il est utilisé pour trouver des excuses pour un mauvais comportement. Et appeler un mauvais comportement inévitable. Et un signe de progrès.

Mais l’histoire n’est pas une histoire de progrès. C’est l’histoire de la Chute et l’histoire du Salut, d’essayer de récupérer quelque chose que nous avons perdu. C’est pourquoi Chesterton dit que tous les poèmes qui ont jamais été écrits pourraient être reliés en un seul volume sous le titre “Paradise Lost.”

Nous avons perdu quelque chose. Nous devons le récupérer. La philosophie du Salut est totalement différente de la philosophie du Progrès. Voulons-nous restaurer quelque chose qui a été perdu? Voulons-nous préserver quelque chose de bon? Ou voulons-nous persister dans un état d’amnésie, de vandalisme, de crémation? C’est-à-dire, oublier le passé, détruire le passé, et même pas enterrer le passé, mais le brûler.

C’est là que nous devons faire face au dogme surprenant de la résurrection du corps. Chesterton a prédit que l’insistance moderne sur l’hygiène (qui est une idée « progressiste ») ramènerait l’habitude païenne de la crémation. En effet, la crémation est de retour. C’est une attaque contre la tradition chrétienne. C’est brûler des choses et donc les oublier. Il est ironique que la génération qui semble adorer la santé et adorer le physique n’ait finalement aucun respect pour le corps. Nous brûlons le corps parce que nous ne croyons pas en la résurrection des morts. Chesterton dit “  » Nous avons trahi les morts.”

La crémation moderne est pire que la crémation païenne parce qu’elle est clinique et, si vous voulez, froide. C’est purement utilitaire et dépourvu de cérémonie. Chesterton l’incarne dans son poème,  » Le Chant de l’étrange Ascète.”

Si j’avais été un Païen,
J’aurais empilé mon bûcher en hauteur,
Et dans un grand tourbillon rouge
Parti rugissant vers le ciel;

Mais Higgins est un Païen,
Et un homme plus riche que moi:
Et ils l’ont mis dans un four,
Comme s’il était une tarte.

L’Église catholique décourage (mais n’interdit pas) la crémation parce que nous croyons non seulement au respect du corps, mais à la résurrection du corps. Si la crémation est nécessaire (l’exception, pas la règle), l’Église enseigne que les restes ne doivent pas être dispersés, mais conservés ensemble et enterrés. De toute évidence, un Dieu tout-puissant est capable de ressusciter le corps, quel que soit son état, mais détruire délibérément le corps revient à tenter le Seigneur, insistant sur le fait que notre chemin est meilleur que celui de Dieu.

La mode moderne de disperser les cendres est aussi une tentative d’oublier la mort. Une tombe nous fait nous souvenir. Cela nous prépare à notre propre mort, ce qui nous aide à vivre une vie meilleure. Mais plus important encore, cela nous aide à penser à la résurrection. La tombe la plus glorieuse de la terre est une tombe vide à Jérusalem.

(Note de l’éditeur: Cet essai a été initialement publié le 27 mars 2016.)


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