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 » Diversité, équité et inclusion  » : Bon, mauvais ou indifférent ?


(Image: Amy Elting / Unsplash.com)

Dans un récent Mot sur le Feu vidéo, Mgr Robert Barron commente le bavardage actuellement à la mode sur “la diversité, l’équité et l’inclusion” (ou DEI, comme ils sont couramment abrégés).  Dans de nombreux débats politiques et culturels et politiques institutionnelles, celles-ci sont devenues des valeurs fondamentales et absolues.  En effet, comme le note Mgr Barron, le trio en est venu à avoir le statut que liberté, égalité et fraternité eu pour les révolutionnaires français.  Mais comme ces dernières notions, la rhétorique de DEI n’est pas aussi anodine que beaucoup le supposent.  Comme le soutient l’Evêque, la diversité, l’équité et l’inclusion ne peuvent avoir qu’une valeur relative et dérivée plutôt qu’une valeur absolue et fondamentale, et certaines formes d’entre elles sont mauvaises.

Je vais résumer les points de Barron, puis ajouter mes propres réflexions.  Comme il le reconnaît, il y a des aspects évidents dans lesquels la diversité, l’équité et l’inclusion peuvent être bonnes.  La diversité ou la variété que nous trouvons dans les ordres naturels et sociaux reflète la richesse de l’être; la justice exige l’égalité devant la loi, l’égalité des chances, etc.; et certaines formes d’exclusion de la participation aux ordres politiques et économiques sont gravement injustes, comme l’esclavage qui existait dans le sud américain avant la guerre civile.  La diversité, l’équité et l’inclusion, dit Barron, sont précieuses dans la mesure où elles facilitent la réalisation de valeurs fondamentales et absolues, telles que la justice et l’amour (où l’amour est défini comme voulant le bien d’autrui).

En même temps, comme le souligne Mgr Barron, il y a d’autres aspects dans lesquels la diversité, l’équité et l’inclusion peuvent être mauvaises.  Un ordre social ne peut exister que lorsque ses membres reconnaissent un bien commun et des principes qui transcendent les intérêts des individus et les unissent en un tout.  Ainsi, un degré de diversité qui permettrait même le rejet de tels principes contraignants, ou de tout bien commun, détruirait l’ordre social.

Comme le note également Barron, certaines inégalités sont précisément la conséquence de la diversité des forces, des intérêts, etc. qui existent naturellement parmi les êtres humains.  Ils ne peuvent pas être éliminés, et essayer de les éliminer impliquerait le totalitarisme.  Ici, Mgr Barron réitère simplement un thème qui existe depuis longtemps dans l’enseignement social catholique.  Dans Rerum Novarum, Le pape Léon XIII a enseigné:

Il est impossible de réduire la société civile à un niveau mort.  Les socialistes peuvent, dans cette intention, faire tout leur possible, mais tout effort contre la nature est vain.  Il existe naturellement parmi l’humanité de multiples différences de la nature la plus importante; les gens diffèrent par leurs capacités, leurs compétences, leur santé, leur force; et une fortune inégale est le résultat nécessaire d’une condition inégale.

Dans Genre Humanum, Leo a écrit:

Nul ne doute que tous les hommes sont égaux les uns aux autres, en ce qui concerne leur origine et leur nature communes, ou la dernière fin que chacun doit atteindre, ou les droits et devoirs qui en découlent.  Mais, comme les capacités de tous ne sont pas égales, que l’un diffère de l’autre par les pouvoirs de l’esprit ou du corps, et qu’il existe de très nombreuses dissemblances de manière, de disposition et de caractère, il est très répugnant de raisonner de s’efforcer de confiner tous dans la même mesure et d’étendre l’égalité complète aux institutions de la vie civique.

Critique du mouvement socialiste religieux silloniste dans l’encyclique Notre Charge Apostolique, le pape Saint Pie X déclare:

Le Sillon dit qu’il s’efforce d’instaurer une ère d’égalité qui, de ce fait même, serait aussi une ère de plus grande justice.  Ainsi, pour le Sillon, toute inégalité de condition est une injustice, ou du moins, une diminution de la justice.  Nous avons ici un principe qui entre fortement en conflit avec la nature des choses, un principe propice à la jalousie, à l’injustice et subversif à tout ordre social.

Des déclarations similaires peuvent être trouvées dans l’enseignement d’autres papes et dans la tradition plus généralement.

L’inclusion, soutient Barron, ne peut pas être absolue, pour la même raison que la diversité ne peut l’être.  L’inclusion est toujours l’inclusion dans un certain ordre social.  Mais, encore une fois, un tel ordre nécessite, pour son existence même, un engagement envers des principes communs et un mode de vie particulier défini par ces principes.  Toute société doit donc exclure ceux qui refusent de se conformer à ces principes.  Comme le note Mgr Barron, l’ouverture de l’Église à tous ne montre pas non plus le contraire.  Comme il le dit, l’Église accueille tout le monde, mais seulement sur Le Christ termes, pas les leurs.

On peut en dire beaucoup plus.  Pour renforcer le point de Mgr Barron selon lequel la diversité, l’équité et l’inclusion ne sont pas des valeurs absolues, il convient de noter qu’il y a des égards évidents dans lesquels elles ne seront pas présentes au Ciel.  Par exemple, il n’y aura pas de diversité de croyances religieuses au Ciel.  La caractéristique centrale du Ciel est la vision béatifique – la connaissance directe, claire et distincte de l’essence même du Dieu trinitaire.  Par conséquent, au Ciel, il n’y aura pas d’athées, pas d’anti-Trinitaires, pas de panthéistes, etc.  De telles erreurs ne seront pas possibles.  (Est-ce que je dis que personne qui est actuellement coupable de telles erreurs au sujet de la nature divine ne sera sauvé, pas même par une ignorance invincible?  Non, je dis que même s’ils sont sauvés, ils ne persisteront pas dans ces erreurs au Ciel, parce que la vision béatifique l’empêche.)

Qu’en est-il de l’équité?  L’Église enseigne que, dans l’au-delà, tous ne seront pas récompensés de manière égale ou punis de manière égale.  Par exemple, le Conseil de Florence déclare que ceux qui sont sauvés « sont immédiatement reçus au ciel et voient clairement le Dieu trinitaire tel qu’il est, pourtant, une personne plus parfaitement qu’une autre selon la différence de ses mérites. »De même, enseigne le concile, les damnés  » descendent tout de suite en enfer pour être punis, mais avec des douleurs inégales. »Car tous les justes ne sont pas également justes, et tous les méchants ne sont pas également méchants.  De cette façon, certaines inégalités sont destinées à persister à jamais.

Sainte Thérèse de Lisieux a proposé une analogie célèbre dans son autobiographie L’Histoire d’une Âme:

Je vous ai dit une fois combien j’étais étonné que Dieu ne donne pas une gloire égale au ciel à tous Ses élus.  J’avais peur qu’ils ne soient pas du tout aussi heureux.  Tu m’as fait apporter le gobelet de papa et le mettre à côté de mon dé à coudre.  Vous les avez remplis tous les deux d’eau et m’avez demandé laquelle était la plus complète.  Je vous ai dit qu’ils étaient tous les deux pleins à ras bord et qu’il était impossible d’y mettre plus d’eau qu’ils ne pouvaient en contenir.  Et ainsi, Mère chérie, tu m’as fait comprendre qu’au ciel Dieu donnera à Ses élus leur gloire convenable et que les derniers n’auront aucune raison d’envier les premiers.

Mais Dieu n’aime-t-il pas tout le monde de la même manière ?  Non, il ne le fait pas.  Comme le soutient Thomas d’Aquin, bien qu’il y ait un sens dans lequel Dieu aime toutes choses également, dans la mesure où c’est le même acte de volonté par lequel il aime tout, il y a aussi un sens dans lequel il aime clairement certaines plus que d’autres, ce qui se reflète précisément dans le fait qu’il n’a pas donné le même degré de bonté à tous:

De cette façon, on dit que nous aimons l’un plus que l’autre, pour qui nous ferons un plus grand bien, bien que notre volonté ne soit pas plus intense.  De cette façon, nous devons dire que Dieu aime certaines choses plus que d’autres.  Car puisque l’amour de Dieu est la cause de la bonté dans les choses, comme cela a été dit, aucune chose ne serait meilleure qu’une autre, si Dieu ne voulait pas plus de bien pour l’un que pour l’autre God On dit que Dieu prend également soin de tous, non pas parce que par Ses soins Il fait un bien égal à tous, mais parce qu’Il administre toutes choses avec une sagesse et une bonté similaires…

Il doit être nécessaire… que Dieu aime plus les meilleures choses.  Car il a été démontré que l’amour de Dieu pour une chose plus qu’une autre n’est rien d’autre que Sa volonté pour cette chose un plus grand bien: parce que la volonté de Dieu est la cause de la bonté dans les choses; et la raison pour laquelle certaines choses sont meilleures que d’autres, c’est que Dieu veut pour elles un plus grand bien.  Il s’ensuit donc qu’Il aime plus les meilleures choses.  (Summa Theologiae I.20.3-4)

De plus, l’amour que Dieu a pour nous, et l’amour qu’il nous commande d’avoir pour les autres, n’est en aucun cas sans réserve et n’implique en aucun cas une attitude d’inclusion envers les malfaiteurs.  Thomas d’Aquin écrit:

Deux choses peuvent être considérées chez le pécheur: sa nature et sa culpabilité.  Selon sa nature, qu’il a de Dieu, il a une capacité de bonheur, sur la communion dont la charité est basée, comme indiqué ci-dessus, c’est pourquoi nous devons aimer les pécheurs, par charité, dans le respect de leur nature.  D’autre part, leur culpabilité s’oppose à Dieu et constitue un obstacle au bonheur.  C’est pourquoi, en ce qui concerne leur culpabilité par laquelle ils s’opposent à Dieu, tous les pécheurs doivent être haïs, même leur père ou leur mère ou leur parenté, selon Luc 12:26.  Car il est de notre devoir de haïr, dans le pécheur, son être pécheur, et d’aimer en lui, son être un homme capable de félicité; et c’est de l’aimer vraiment, par charité, pour l’amour de Dieu…

Comme l’observe le philosophe (Ethic. ix, 3), quand nos amis tombent dans le péché, nous ne devons pas leur refuser les facilités de l’amitié, tant qu’il y a espoir qu’ils réparent leurs voies, et nous devons les aider plus facilement à retrouver la vertu que de récupérer l’argent, s’ils l’avaient perdu, car autant la vertu s’apparente plus à l’argent qu’à l’amitié.  Quand, cependant, ils tombent dans une très grande méchanceté et deviennent incurables, nous ne devons plus leur faire preuve d’amabilité.  (Summa Theologiae II – II.25.6)

Dans ce dernier passage, Thomas d’Aquin fait écho à l’enseignement du Christ sur la réprobation du pécheur:

Si ton frère pèche contre toi, va lui dire sa faute, entre toi et lui seul.  S’il vous écoute, vous avez gagné votre frère.  Mais s’il n’écoute pas, prenez un ou deux autres avec vous, afin que chaque parole soit confirmée par la déposition de deux ou trois témoins.  S’il refuse de les écouter, dites-le à l’Église; et s’il refuse d’écouter même l’église, qu’il soit pour vous en tant que Gentil et collecteur d’impôts.  (Matthieu 18:15-17)

Bien sûr, ce refus de l’inclusivité n’est, dans cette vie, pas absolu.  Même les pécheurs apparemment les plus obstinés peuvent finir par se repentir après tout – l’un des buts de l’excommunication est, en fait, d’essayer d’aider la personne excommuniée à voir la gravité de sa situation – et lorsqu’ils se repentent, il faut leur montrer la gentillesse que nous leur avons temporairement refusée.  Mais s’ils ne se repentent pas avant la mort, il ne leur sera pas montré d’inclusivité dans l’au-delà, comme Ecriture, les Pèrespapes, croyances, conciles et catéchismes enseigner de manière claire et irréformable (et comme le reconnaît Mgr Barron, au fait).  Il n’y aura alors aucun bureau de la DEI auquel ils pourraient faire appel.

Il va sans dire que de nombreux chrétiens contemporains citent des passages scripturaires qui parlent de pardon, de miséricorde, etc. pour défendre une inclusion et un universalisme radicaux, tout en ignorant les nombreux passages qui excluraient une telle interprétation.  Ils colportent ces erreurs d’interprétation sélectives comme s’ils représentaient un aperçu nouveau et plus profond de l’Évangile.  En fait, il n’y a pas de nouvelle idée ici du tout, mais juste cette ancienne erreur de cheveux ou hérésie – « choisir » la partie de la doctrine chrétienne que vous aimez et ignorer la partie que vous n’aimez pas, déformant inévitablement la première dans le processus.  Les véritables sources de l’égalitarisme radical se trouvent non pas dans l’enseignement du Christ, mais dans un trouble de l’âme analysé pour la première fois par Platon et dans apostasie du christianisme.

(Note de l’éditeur: Cet essai est paru à l’origine sur le blog de l’auteur sous une forme légèrement différente et est réimprimé ici avec son aimable autorisation.)


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