Nous laissons-nous prendre au mensonge?

Réflexions sur la " Bénédiction de Toronto "

" Howard-Browne est très souvent en train de parler " en langues " avec Kenneth Copeland, et il fait tomber un certain nombre de personnes par terre, les " plongeant dans l'esprit ", au milieu de convulsions et des rugissements d'un rire hystérique. A un moment précis, comme dans une mauvaise plaisanterie, Copeland demande en " langues " à Howard-Browne de " descendre " sur le groupe musical. Quand il touche chacun des musiciens, ils s'effondrent entre les guitares électriques et la batterie, aux rires de l'audience. "

" L'Esprit agissait au cours de toutes les réunions et nous passions la plupart du temps sur la moquette, en train de regarder au plafond... il y en avait qui pleuraient; d'autres étaient complètement ivres... J'ai à peine donné une véritable prédication au cours des deux derniers mois... En dehors du fait de rire, de pleurer et de tomber sous la puissance, certaines personnes sont dans une espèce d'étourdissement pendant quelques heures. Il y en a qui tremblent de manière incontrôlable, d'autres qui se contorsionnent, d'autres qui restent étendues sur le sol et qui roulent d'un côté à l'autre... "

" Il a même été rapporté qu'un homme a chanté comme un jeune coq, pendant une réunion, et la parole d'interprétation qui a été donnée était: " Le Seigneur dit qu'un nouveau jour se lève ". " (The Observer, 4 septembre 1994)

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Les origines

Est-il injuste de mettre à l'épreuve la " bénédiction de Toronto "? "

Quelques sujets préoccupants

1. Les origines remontent à un mouvement qui a toujours recherché les " signes et les miracles ".

2."Ces hommes sont ivres"

3. Les références à l'histoire des réveils

a) Tomber prosterné devant Dieu et de pleurer à grands cris

b) Les hommes de Dieu n'encourageaient jamais à faire ces expériences

c) Les manifestations physiques étaient considérées comme un danger pour le réveil

d) Les hommes de Dieu discernaient le caractère contagieux des phénomènes physiques

e) Absence de la prédication de la Parole et de la croix

4. Le fruit de la " bénédiction de Toronto "?

Conclusion

Sources

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Les origines

Toute l'histoire est rapportée par Bill Jackson (un porte-parole de l'association d'églises de John Wimber, la Vineyard Fellowship Church), dans l'ouvrage " Qu'est-ce qui se passe pour nous dans le monde ? Une perspective biblique sur le renouveau ". Le phénomène a débuté avec un sud-africain, le pasteur Rodney Howard-Browne. En tant que participant du mouvement Rhema, Howard-Browne travaille souvent aux USA. Randy Clark, le pasteur qui a fondé la Vineyard Christian Fellowship au Missouri, en quête d'une nouvelle manifestation de la présence de Dieu, avait participé à une réunion d'Howard-Browne pendant laquelle il témoignait de ces manifestations, dont le rire incontrôlable et les convulsions. Clark a commencé d'expérimenter le même phénomène quand il est retourné dans son église. Le pasteur de la Vineyard Church de Toronto (près de l'aéroport), John Arnott, a invité Clark à prêcher dans son assemblée - les signes ont suivi. Depuis, " L'Eglise de l'aéroport " est devenue le centre de l'attention internationale, des prédicateurs du monde entier participant à ses cultes pour ramener la " bénédiction de Toronto " à leurs propres églises. " L'expérience se transmet; après l'avoir reçue, le meilleur moyen de la conserver est de la communiquer à d'autres ", explique le document de Vineyard, " Méditations de Toronto ". En effet, une caractéristique primordiale du phénomène est sa facilité de transmission. Entre temps, la " bénédiction de Toronto " s'est répandue dans de nombreux pays tout autour du monde, dans beaucoup d'églises, dont certaines sont des plus importantes. " De plus en plus de monde par terre en 1994 " est un bon résumé des événements.

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Est-il injuste de mettre à l'épreuve la " bénédiction de Toronto "? "

Ne résistez pas à l'Esprit. " Ces hommes ne sont pas ivres - il n'est que 9 heures! " " Allons-y - n'éteignons pas l'Esprit. " De telles déclarations, et mêmes de plus extrêmes, sont utilisées pour répondre à ceux qui examinent la validité de la " bénédiction de Toronto ".

Loin de nous de limiter l'action de Dieu et de devenir des sceptiques religieux des temps modernes, en attristant par là l'Esprit de Dieu. Le revers de la médaille reste cependant que nous risquons d'attrister l'Esprit de Dieu si nous acceptons quelque chose de charnel ou qui vienne d'un autre esprit.

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Quelques sujets préoccupants

1. Les origines remontent à un mouvement qui a toujours recherché les " signes et les miracles ". Les expériences physiques étaient une partie intégrante du mouvement Vineyard Fellowship. Il se peut que la " bénédiction de Toronto " soit juste l'un de ces types d'expériences. La " bénédiction " précédente, qui est étroitement liée à la nouvelle, est d'être " tué dans l'esprit ". Elle n'avait aucun fondement biblique; dans le texte biblique, deux fois seulement des personnes ont été " tuées " (elles sont tombées à la renverse), et dans les deux cas, c'était un signe de la colère de Dieu et non de sa bénédiction (Jean 18:6 et 1 Samuel 4:18). La " bénédiction de Toronto " provoque aussi la chute des gens en arrière, mais avec plusieurs nouveaux changements.

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2. La référence constante à l'accusation faite après la Pentecôte et selon laquelle " ces hommes sont ivres ", n'est pas vraiment valable. Ce n'était que " quelques-uns " qui ont dit cela, et c'était pour se moquer, pas pour faire une analyse précise de la situation. Il est possible que les sceptiques voulaient faire allusion au fait de parler diverses langues. Mais quand l'accusation d'ébriété a été prononcée, Pierre et les 11 ont sauté sur l'occasion - littéralement. Ils ne roulaient pas sur le sol, incapables de se relever, chantant comme de jeunes coqs ou riant sans pouvoir se maîtriser. Pierre et les 11 se sont tous levés pour parler à la foule. Etablir un lien entre cet incident et la " bénédiction de Toronto " suppose un considérable effort d'imagination, et une interprétation d'Actes 2 tout à fait inédite. C'est une manière de " faire dire " au texte quelque chose qu'il ne voulait pas du tout - une nouvelle " contextualisation de l'Evangile " qui va de pair avec la théologie libérale.

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3. Les références à l'histoire des réveils qui sont faites pour justifier le phénomène physique de la " bénédiction de Toronto " sont à la limite de la mauvaise foi. Même une étude rapide des événements étonnants qui ont accompagné les réveils et parmi lesquels on a parfois rencontré des phénomènes comme le fait de tomber ou de pleurer, montrera pourquoi nous devons être prudents à l'égard de l'accent mis sur les expériences physiques.

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a) Le fait de tomber prosterné devant Dieu et de pleurer à grands cris était une conséquence de la soudaine prise de conscience de la juste colère de Dieu et de la condition désespérée du pécheur. Ceci se passait parfois au cours des réveils à l'époque de Jonathan Edwards, de John Wesley, de George Whitefield et d'autres. Cette expérience ne devait sûrement pas se répéter encore à nouveau chez les mêmes personnes, comme c'est le cas avec la " bénédiction de Toronto ".

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b) Les hommes de Dieu n'encourageaient jamais à faire ces expériences, surtout si elles se répétaient à chaque réunion. " Les gens devraient s'efforcer de s'abstenir de telles manifestations extérieures... au plus haut point ", écrivait Jonathan Edwards. Whitefield n'y allait pas par quatre chemins. " Satan commence maintenant à en amener un certain nombre à piquer une crise ", écrivait-il quand il voyait les gens tomber en convulsions pendant ses réunions en Pennsylvanie. David Benedict disait: " Ces exercices saccadés étaient plus une malédiction qu'une bénédiction. Personne n'en a tiré un avantage. Ils laissaient les pécheurs dans leur condition de pécheurs et les chrétiens n'en retiraient rien. " (NDLR: elle était aussi considérée comme un phénomène marginal donc non pris en compte dans leur oeuvre de réveil.)

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c) Les manifestations physiques étaient considérées par les hommes de Dieu comme un danger à la prolongation du réveil. Concernant le déclin du réveil, Edwards en arriva à croire qu'il existait une cause principale au retour en arrière: c'était l'inattention des amis du réveil qui ont laissé la religion pure et véritable se mélanger à tant de " feux étrangers " et " d'enthousiasme " charnel, que l'Esprit de Dieu a été attristé, et Satan en a profité. Edwards a reconnu, dans son sermon de septembre 1741 à New Haven, qu'on pouvait observer au sein du réveil " des imprudences, des anomalies " et " un mélange de fantasmes ". Dans son ouvrage " Pensées concernant le réveil actuel ", Edwards écrit que " les excès d'une seule personne réellement zélée peuvent faire plus (par Satan qui est trop rusé pour elle) pour arrêter l'oeuvre qu'une centaine de personnes qui s'opposent ouvertement et puissamment. " Dans les années 30, il y a eu une période de réveil en Chine, mais certains excès menaçaient de détourner les gens d'une véritable recherche spirituelle. " Les réunions sont un chahut monstre. Les rassemblements glorifient le bruit; ... elles dégénèrent en démonstrations de dérèglements émotionnels. ... Les rires hystériques de certains rendent la réunion étrange. Beaucoup perdent connaissance... il y en a plus d'un certain nombre qui ont perdu la raison. "

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d) Les hommes de Dieu discernaient le caractère contagieux des phénomènes physiques. Les gens se mettent parfois à " pleurer à grands cris ", ils s'effondrent, s'évanouissent ou ils ont des convulsions... mais lorsqu'ils sont cultivés et estimés, un autre principe entre en jeu - celui de la sympathie, ou d'une imitation involontaire, et ils contractent ce qui peut être qualifié au sens le plus strict de maladie épidémique. En 1846, Archibald Alexander, analysant les récents réveils, disait: " ... on insistait trop sur les affections physiques, qui accompagnaient l'oeuvre, comme si elles constituaient un phénomène surnaturel, ayant pour intention d'éveiller l'attention d'un monde insouciant... et plus ces manifestations physiques étaient encouragées, plus elles devenaient fréquentes, jusqu'à ce qu'elles aient l'apparence, à la longue, d'une redoutable maladie nerveuse, qui était manifestement contagieuse, comme ont pu le prouver des faits reconnus... " Le signe de la marque déposée de " bénédiction de Toronto " est sa " contagiosité ". Très souvent, juste le fait de regarder une vidéo ou d'écouter une cassette sur la " bénédiction de Toronto " suffit à provoquer les mêmes manifestations physiques chez les spectateurs et les auditeurs. Un exemple récent montre à quel point une " manifestation " physique peut être contagieuse: un groupe d'élèves faisait un séjour dans un centre de retraites. Sans que les autres le sachent, l'une d'entre elles était asthmatique. Elle eut une de ses crises habituelles, et les autres filles ont supposé qu'il s'agissait d'une " manifestation ". En cinq minutes, toutes les filles présentaient les mêmes symptômes d'asthme, et on a dû les emmener chez le médecin pour qu'il les soigne.

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e) La prédication de la Parole et de la croix comme point central est visiblement absente dans la " bénédiction de Toronto ". De nombreux prédicateurs engagés dans ce mouvement passent une bonne partie de leur temps par terre, et s'ils prêchent effectivement, beaucoup de temps est consacré aux manifestations, et non à l'Evangile. " J'ai à peine donné une véritable prédication au cours des deux derniers mois " est un témoignage d'un pasteur local. Pourtant lorsqu'un phénomène quelconque survenait dans les réveils des années passées - comme le réveil évangélique en Angleterre et aux USA aux XVIII et XIXè siècles - il survenait toujours comme une conséquence de la prédication puissante de la croix, tirée de la Bible, d'une conscience écrasante de sa propre folie en face d'un Dieu infiniment saint, du fait choquant de découvrir la réalité imminente du châtiment éternel, et d'un désir désespéré d'être libéré de la fureur ardente de la colère de Dieu.

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4. Quel est le fruit de la " bénédiction de Toronto "? De nombreux partisans, probablement conscients des critiques possibles, parlent des merveilleuses bénédictions liées à la " bénédiction de Toronto ". La majorité de ces témoignages rapportent le nouvel enthousiasme dont font preuve les individus et les églises qui reçoivent la " bénédiction de Toronto ". Des expériences comme " ressentir une merveilleuse paix " et " un nouvel enthousiasme " ne sont pas nécessairement des signes de l'action de Dieu. On peut arriver à éprouver des sentiments de délivrance et de libération après avoir ri ou pleuré de tout son coeur, sans qu'il soit question d'une oeuvre de l'Esprit. La parabole de Matthieu 13 met en garde contre un enthousiasme superficiel, qui manque de persévérance, particulièrement quand le chemin devient difficile. Des sentiments subjectifs ne sont pas des arguments suffisants pour justifier la " bénédiction de Toronto ".

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Conclusion

Nos pays ont désespérément besoin d'un réveil authentique. Nous devons pouvoir constater l'existence d'une véritable conviction de péché, de la repentance et d'une vie sanctifiée, dont Christ soit le centre, avant de pouvoir reconnaître qu'un mouvement vient de Dieu. Il n'existe aucune preuve dans la Parole de Dieu, et encore moins dans l'histoire des réveils, pour démontrer que la " bénédiction de Toronto " soit inspirée du Saint Esprit. Nous terminons avec les paroles du pasteur Wong Ming-Dao, qui écrivait au sujet des excès qui menaçaient le vrai réveil en Chine pendant les années 30: " D'un côté, notre objectif est d'aider les croyants qui sont tombés dans ces erreurs pour qu'ils reviennent à la raison et se séparent de ces fautes. D'un autre côté, notre objectif est d'avertir ceux qui ne sont actuellement pas tombés dans ces erreurs, de telle manière qu'ils ne suivent pas aveuglément ceux qui se sont égarés. "

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Sources

* Evangelical Times, octobre 1994 et novembre 1994

* Joy! décembre 1994

* Bryn Jones, enregistrement sur cassette d'un message à Yorkshire

* Iain H. Murray, Jonathan Edwards: a new biography (Edimburgh, The Banner of Truth Trust, 1988)

* Iain H. Murray, Revival and Revivalism (Edimburgh, The Banner of Truth Trust, 1994)

* Joseph Tracy, The great Awakening (Edimburgh, The Banner of Truth Trust, 1976)

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