Mes chers amis,

La nouvelle de la mort de Terri Schiavo le 31 mars 2005 m'a frappé de plein fouet alors que j'étais aux soins intensifs à l'hôpital Entabeni de Durban. J'étais entouré par des efforts simulés pour sauver la vie des gens, mais plusieurs fois les rideaux de la cabine furent fermés et il y eut un silence, alors que l'on sortait les morts. La pensée que l'on affame quiconque jusqu'à ce qu'il meurt était insupportable !

Le tube d'alimentation de Terri lui fut retiré, et personne ne fut autorisé à lui donner quoi que ce soit à manger ou à boire. Depuis 2003, je reçois ma nourriture de la même manière. Je dépends totalement des autres, mettant des substances dans ce tube pour me maintenir en vie, substances qui du tube arrivent dans l'estomac. Si ces substances ne me parvenaient plus, j'arrêterais d'exister.

Les pro-vie mentionnèrent que Terri n'était pas sur un système d'équipements de vie, elle avait simplement besoin de nourriture, comme tout un chacun. Qu'en est-il de moi ? Depuis des années, je suis branché à un respirateur 24 h sur 24.

J'ai noté que lorsqu'on a fait une trachéotomie au Pape Jean-Paul II pour soulager ses problèmes de respiration, des questions ont été soulevées quant à l'éthique consistant à "prolonger sa vie articiellement". Est-ce que de telles personnes verraient comme une faute le fait qu'en mai 2004, après que je sois ressuscité, puisque mon poumon avait lâché, je me sois retrouvé sur une table d'opération et fus équipé d'une trachée ? Ainsi, je resterais sur cette terre plus longtemps qu'on ne m'y désirerait ?

Il est très délicat d'aborder l'aspect financier. Que je sois à l'hôpital ou à la maison, je reste un patient aux besoins de soins intensifs, et les frais d'entretien sont très élevés. Les factures correspondantes puisent bien dans les coffres de la compagnie d'assurance. Ma famille et mes amis ont également beaucoup de sacrifices à faire. Peut-être trop ? Je n'ose pas prendre tout cela comme allant de soi.

D'un autre côté, comment me sentirais-je si mes proches considéraient une accélération de ma "sortie" ? Dans le cas de Terri, Michael, son mari, a voulu mettre fin à la sa vie. Il a utilisé le système judiciaire des Etats-Unis pour combattre contre les parents de Terri, le gouverneur Jeb Bush, la législature de la Floride, le Président George Bush et le Congrès, pour arriver à ses fins. Il a gagné à la fin. Mais a-t-il vraiment gagné ?

Une question qui a souvent été posée fut de savoir si Terri aurait voulu vivre ou mourir, avec de tels dégâts cérébraux. Saurons-nous jamais ? Mais avec le souffle de la mort de son mari au-dessus d'elle, avait-elle le choix ?

Si j'étais dans la situation de Terri, que désirerais-je ? Aurais-je applaudi à l'acte de "miséricorde" de ceux qui m'auraient laissé mourir de faim ?

Durant les cinq années où j'ai vécu avec ma maladie (MND), j'ai passé par bien des moments où la situation semblait impossible ; des moments où je me suis demandé : "est-ce que les choses pourraient être pire qu'elles ne le sont ?" La pitié de soi et le désir d'en finir sont de réelles tentations à ce moment-là, mais je suis resté inébranlable dans ma foi que Dieu est Celui qui donne la vie. C'est lui qui la donne. C'est lui qui la reprend. Donc la vraie question n'est pas ce que je voudrais, mais ce que Lui souhaite.

Est-ce que nos sociétés de plus en plus laïques ont encore quelque place pour la perspective de Dieu sur des sujets affectant les terriens ? Après tout, qui d'autre que le Créateur comprend mieux la création !

C'est mon espérance que les remarques du Président George Bush, alors qu'il réagissait à la mort de Terri, aient un sens, même pour les insensés.

" L'essence même de la civilisation est que les forts ont le devoir de protéger les faibles. Dans les cas où il y a de sérieux doutes et questions, la présomption devrait être en faveur de la vie".

Ma défense de la vie n'est pas motivée par la crainte de la mort. Par sa grâce, j'appartiens à Celui qui a conquis la mort et la tombe. Je lui suis reconnaissant d'avoir préparé une place pour moi dans ses palais célestes. Mais pourquoi mon entrée dans la gloire devrait-elle laisser des taches de sang sur les mains et les consciences de certains ?

Ce serait vraiment terri-ble !

" Mes destinées sont dans ta main" (Psaume 31. 15)

Et c'est le meilleur pour moi.

Fano Sibisi, Président de CFT-International